lundi 26 août 2013

Les figures illustres du Brabant wallon. Épisode 13 : Ernest-John Solvay à La Hulpe


Source :  Larousse

Un vaste domaine de 227 hectares né de la Forêt de Soignes, un écrin de verdure aux portes de Bruxelles où les promeneurs aiment trouver paix et  beauté. Ce domaine ne serait pas ce qu’il est sans Ernest-John Solvay, petit fils du célèbre industriel Ernest Solvay. Nous avons eu envie d’en faire la 13ème étape de notre voyage.    


Entre 1831 et 1836, la forêt de Soignes perd 3/5e de sa superficie. De nombreux défrichages furent effectués et la Société générale de Belgique vend de nombreuses parcelles.
Le marquis Maximilien de Béthune achète, vers 1840, 341 hectares de forêts et y aménage un parc. Il entreprend la construction du château, confiée à l’architecte français Jean Jacques Nicolas Arveuf-Fransquin, et le contrôle des travaux à l’architecte belge Jean-François Coppens.
Le château possède 4 tours d’angles octogonales aux 4 coins cardinaux et 4 tourelles intermédiaires plus hautes que l’ensemble. Le tout est paré de briques rouges avec des lignes en pierre de taille bleue.
En 1871, le domaine fut cédé au baron Antoine de Roest d’Alkemade qui agrandit le domaine en acquérant des prairies, les berges de l’Argentine et les étangs de Nysdam.
Dès 1893, c’est le célèbre chimiste Ernest Solvay, déjà mondialement connu pour ses travaux et ses découvertes, qui acquiert le domaine. Il confie la modernisation de l’intérieur à Victor Horta et agrandit encore le domaine. Armand Solvay, son fils entreprend la transformation du château, poursuivie par son petit fils Ernest-John Solvay.       

Château du Domaine Solvay


Mais quelles sont ces transformations ? D’une part une perte importante de dimension en hauteur, les tours et tourelles disparaissent, seules les 4 tours d’angle restent. D’autre part, les briques rouges sont recouvertes d’un enduit clair. Le château a donc perdu en dimension verticale pour une silhouette plus horizontale. Ce castel est nettement moins chargé que le précédent constate Jacques Stasser qui conclut « Un château simple et pur dans un parc doux et vallonné, n’est-ce pas là un des plus heureux mariages qui soient entre la nature et l’homme ? »
Étang de la longue queue
Un jardin à la française est créé sur un côté du château. Une magnifique pelouse de 800 mètres fait face à la façade principale du château et se termine par un obélisque de 36 mètres de haut (un peu plus haut que celui de Paris) surmonté d’un soleil. Celui-ci se dresse en plein ouest et est baigné par la lumière du soleil levant. Le Belvédère à l’est du château date de la même époque. Un escalier de 140 marches à forte déclivité part de l’étang de la Longue queue et mène au Belvédère. Le dôme de celui-ci recouvert d’ardoises en cuivre est surmonté d’un soleil à douze rayons.
Belvédère à l'est du château
Les étangs du domaine ont tous été creusés par l’homme dans des terrains marécageux. L’étang de la longue queue creusé en 1834 et dominé par le Belvédère s’étire en longueur et se termine en pointe. Les deux extrémités, peu profondes, sont le lieu de prédilection pour la reproduction des poissons et batraciens.
Nous pourrions écrire des pages entières à propos du Domaine et du Château Solvay, du parc tout en courbes devant le château et rectiligne derrière, du verger, des bâtiments comme la ferme, les anciennes écuries, les garages…
La flore y est riche, le domaine est parsemé d’essences exotiques, la plupart introduites par Ernest-John Solvay comme, entre autres, de nouvelles variétés de forsythias. On peut également y trouver des arbres importés des quatre coins du monde : le séquoia Wellingtonia, le ginkgo biloba, le cyprès chauve, le métaséquoia de Chine…., sans oublier de nombreuses herbes et fleurs indigènes : la valériane officinale, la reine-des-prés, l’épilobe hérissé…..
La faune s’y épanouit. Elle est riche et variée. Jacques Stasser nous fait découvrir dans sa brochure toute la richesse de l’avifaune du domaine mais également les nombreux mammifères tels les chevreuils, renards, hermines, belettes, écureuils…

Mais parlons d’Ernest-John Solvay qui à l’instar de ses prédécesseurs a eu conscience de la valeur du domaine. C’est également le dernier propriétaire à avoir donné au domaine la physionomie actuelle. Il est véritablement le magicien du domaine de La Hulpe, devenu Patrimoine exceptionnel de la Région wallonne en 1993.
« Je suis un heureux de ce monde » déclarait Ernest-John Solvay en 1963 à sa mise à la retraite. Après 42 ans de service dans la société familiale avec de nombreuses responsabilités, il se retire à l’occasion du centenaire de la société Solvay et Cie. Toute sa vie est guidée par un leitmotiv, améliorer la condition de l’homme. Il crée ainsi de nouvelles chaires à l’ULB et son mécénat est bien présent, à la fondation Francqui, au FNRS, entre autres.
Son parc était devenu son véritable port d’attache et sa raison d’être. Il consacre dès lors une énergie folle pour transformer encore et encore son domaine au gré de sa fantaisie.
Une idée l’obsède, garder le parc dans son intégrité. Pour se faire en 1963 il écrit au président de la Commission royale des Monuments et des sites : […] D’autre part, le classement garantirait aussi l’unité du domaine. Mes parents et moi-même y avons consacré avec constance nos soins les plus attentifs et nous avons toujours eu le souci de le soustraire à tout morcellement ou lotissement qui aurait pour conséquence de lui enlever son caractère de valeur naturelle. »
Jacques, le fils aîné refuse de garder le domaine. Sa décision est prise, le 4 janvier 1968, l’État devient propriétaire du domaine. La donation est effective, en 1973, la Fondation culturelle Solvay est créée. Le parc est ouvert au public et est repris en 1993 sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie. Après la mort d’Ernest-John Solvay, la donation fut contestée. Un long procès dura de 1975 à 1994. Anne Solvay obtient une réduction de la donation de 2 tiers. Mais en 1993, après une pétition de 32 000 signatures d’amoureux du domaine, un accord survient entre l’héritière et la Région wallonne (après la Communauté française). Les deux tiers sont rachetés pour 200 millions de francs.
En 1998, La Région wallonne transforme la ferme du château en un lieu emblématique de la culture belge. On peut y découvrir les œuvres de Jean-Michel Folon.
Oeuvre de Jean-Michel Folon dans la ferme du château

N’oublions pas également le film de Gérard Corbiau, Le maître de musique, interprété par José Van Dam en 1988 dans ces lieux magiques.

En occupant plus de 15% du territoire communal, le Domaine Solvay est un fleuron d’un environnement de qualité. Cet endroit est accessible à tous et gratuitement.
En 1969, Ernest-John Solvay reçoit le titre de comte et l’autorisation d’ajouter « de La Hulpe » à son nom déjà célèbre.


Carte du domaine














Pour en savoir plus :


À la découverte de La Hulpe et Rixensart / R. Delooz
Lonzée : Delooz R., 1999
152 p. : ill., photos ; 27 cm

À la découverte du domaine Solvay : patrimoine exceptionnel de la Région wallonne / sous la direction de Jacques Vandenbroucke ; Préface de M. Jean-Claude Van Cauwenberghe
Bruxelles : L. Pire, 2004
160 p. : ill., photos, dessins ; 31 cm
(Belles voix)

Cent Brabançons wallons du XXe siècle / préface de Valmy Féaux
Wavre : Province du Brabant wallon, 2000
220 p. : ill., photos ; 32 cm

Le château de La Hulpe et son parc / Jacques Stasser
Bruxelles : Crédit communal, 1977
56 p. : ill., photos ; 21 cm