mardi 22 octobre 2013

Les figures illustres du Brabant wallon. Épisode 14 : Robert Goffin à Ohain (Lasne)

Robert Goffin, vous connaissez ? Non ? Moi non plus !  C’est ainsi que commence l’étude de Jean-Marie Horemans à propos de l’itinéraire poétique de Robert Goffin.

Nous allons découvrir ce poète, avocat, romancier, essayiste, amoureux du jazz, attentif à la gastronomie, à la boxe, à l’automobile…. né il y a plus d’un siècle (1898) à Ohain (Lasne). Ce sera la quatorzième étape de notre périple.


        Source : Académie royale de langue
 et de littérature françaises
 de Belgique
 Albert Goffin, son grand-père, exploitait la pharmacie au centre du village. Il lui donna le goût de la littérature et des exploits sportifs. Robert Goffin prétend avoir entrepris la carrière d’avocat par nécessité. Dès le début de sa carrière, il obtient l’acquittement d’une mère infanticide aux Assises de Mons, et reçoit le Prix du jeune Barreau.  Je suis un fils naturel ! Jamais vous n’imaginerez combien mon enfance fut pénible dans un petit village du Brabant.  Sa grande intelligence, sa sensibilité exacerbée par une jeunesse où il fut trop souvent traité de « bâtard », son art oratoire…. tout ceci explique probablement son parcours d’avocat hors norme, spécialiste des affaires pénales où il obtint de nombreux succès.

Robert Goffin était un homme tellement immense, qui en contenait plusieurs autres, que le bâtonnier éprouve embarras et angoisse au moment d’évoquer celui qui fut avocat, tant cet avocat risque d’être submergé par les autres hommes qu’il était. Éloge funèbre du bâtonnier de l’ordre.

Il est en effet impossible d’être exhaustif à propos de son œuvre tant elle fut riche et diversifiée. De la poésie au roman, de l’essai à la biographie, de l’histoire à la gastronomie, de la musique aux mémoires, …, tout ce qu’il écrit nous montre une vie intense et un parcours éclectique.

A vingt ans il publie son premier recueil de poésies, Le Rosaire des soirs, en 1918. Il sera suivi de beaucoup d’autres. Déjà, étudiant il organise une conférence avec Blaise Cendrars et Jules Romain. Il fréquente Cocteau, Cendrars, Éluard, Maeterlinck, Clément Pansaers…..Il publie plusieurs ouvrages sur Rimbaud. Après la guerre, la poésie et les voyages sont ses deux activités principales.
 
 
recueil de poèmes


Mais son œuvre toute entière va être marquée par sa découverte du jazz qui va bouleverser sa vie. Il a entendu les premières notes de jazz jouées par des soldats canadiens dans sa maison natale à Ohain en 1918. Il se passionne pour l’histoire du jazz et publie, en 1934, Aux frontières du jazz, et Histoire du jazz en 1946. Il organise de nombreux concerts et se lie d’amitié avec des musiciens renommés. Il écrit ainsi la biographie de Louis Amstrong.


Robert Goffin avec Benny Carter, Louis Amstrong
et Léonard Feather
Source : Wikipédia
 

A côté de sa passion pour la musique, d’autres passions l’habitent. C’est ainsi qu’il publie un essai gastronomique, Les routes de la gourmandise, un roman animalier, Le roman de l’araignée, et même un roman d’espionnage, Chère espionne .Il donne également des études sur les anguilles, les rats et l’araignée et dans le domaine de l’histoire il consacre deux ouvrages aux Habsbourg et à la destinée des impératrices Charlotte et Élisabeth. 





Il aime également voyager. Des Amériques à l’Afrique, des temples de Sicile à ceux d’Angkor, il aime découvrir tant les civilisations disparues que des civilisations naissantes.

De plus, il ne reste pas indifférent au contexte politique que vivent l’Europe et la Belgique dans les années 30. Il crée notamment un hebdomadaire contre le nazisme et écrit des articles contre Degrelle. Il est obligé de s’exiler aux Etats-Unis où il continue à s’exprimer à travers divers genres. Il publiera Le Roi des Belges a-t-il été trahi ?, mais aussi des études sur le jazz après des voyages dans les états du sud. Après des recherches, il publie également Les Wallons fondateurs de New York en 1970. Il écrira aussi ses mémoires en 1979 et 1980, Souvenirs à bout portant et Souvenirs avant l’adieu.

Quel grand homme, au propre comme au figuré, avec une oeuvre gargantuesque en raison de sa diversité et de cette force qu’elle dégage. « The amazing Dr Goffin » (le fantastique Dr Goffin) comme le surnommaient les Américains.

Malgré cette vie riche aux quatre coins du monde, il gardera toujours un souvenir ému de son village natal : «  Je suis Brabançon wallon comme vous. Mais je suis natif, moi, du village le plus beau de tout l’arrondissement : Ohain.[…] » disait-il à Louis Genty lors d’un entretien pour le Rif tout Dju en 1983.

 
Une biographie écrite par Marc Danval
 

 

 

 Pour en savoir plus :

 
Évocations nivelloises de Robert Goffin / Louis Genty
Rif tout dju ; nr. 274  (septembre 1984), p. 15-16

L' insaisissable Robert Goffin : de Rimbaud à Louis Amstrong / Marc Danval
Ottignies : Quorum, 1998
274 p. ; 24 cm

Itinéraire poétique de Robert Goffin / Jean-Marie Horemans
Thuin : Éditions du Spantole, 1969
20 p. ; 22 cm

Lasne au-delà des clichés : à la découverte de ses artistes, écrivains et personnalités historiques / Dorothy Schuermans et Jean-Jo Evrard
Lasne : Carré Gomand, 2012
125 p. : ill., photos ; 25 cm
 


Robert Goffin / Christian (1954-....) Libens
Dossiers L ; nr. 18  (2e trimestre 1988), p. 1-20

Les Wallons, fondateurs de New York / par Robert Goffin ; préface de A. Bologne-Lemaire Charleroi : Institut Jules Destrée, 1970
142 p., [8] f. d'ill. : ill. ; 18 cm
(Connaître la Wallonie ; 15)


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