mardi 9 décembre 2014

Les figures illustres du Brabant wallon. Épisode 20 : la bataille de Ramillies, oubliée … et pourtant !

Un siècle (109 ans exactement) avant la bataille de Waterloo, quelle fut l’autre bataille décisive dans l’histoire de l’Europe sur nos terres brabançonnes ?

John Churchill, 1er duc de Marlborough
Source : Wikimedia Commons
Il y a 300 ans, c’est à Ramillies qu’eut lieu la première grande guerre européenne. Ce sera la 20ème étape de notre périple.   

Deux personnages clés s’y sont opposés : John Churchill, duc de Marlborough et François de Neufville, duc de Villeroi, commandant en chef de l’armée franco-bavaroise.

La bataille de Ramillies  est un des épisodes de la guerre de succession au trône d’Espagne. A la mort du roi d’Espagne, Louis XIV revendiqua la couronne et occupa les Pays-Bas du Sud (dont l’actuelle Belgique). Face à l’expansion française, les Pays-Bas du Nord (Provinces-Unies) s’allièrent à l’Angleterre et à des États allemands.

C’est ainsi que durant 5 heures s’affrontèrent, à Ramillies, les deux armées (plus de 120 000 hommes). Durant les premières heures, la bataille reste indécise. L’acharnement au combat se solde par de nombreuses pertes enregistrées. La bataille se termine par une panique générale et une retraite des troupes franco-bavaroises vers Louvain, dans un désordre indescriptible.

Pourtant Villeroi espérait piéger ses ennemis. Parvenu le premier sur les lieux, Villeroi vient installer son camp entre les deux Gette. Il dispose ses effectifs, son infanterie d’élite à hauteur d’Offus et de Ramillies et l’élite de sa cavalerie près du tumulus d’Hottomont.

Mais les conditions atmosphériques lui sont défavorables. En effet, Marlborough qui arrive dans la nuit apprend rapidement grâce à ses éclaireurs la proximité de l’adversaire. Le brouillard matinal lui permet cependant de répartir ses troupes sur la rive droite de la petite Gette sans être vu par l’ennemi. En bon tacticien, il fait des diversions à chaque extrémité du front et oblige ainsi l’adversaire à dégarnir le centre.
Il réalise alors l’exploit de déplacer, à l’insu de l’ennemi, une partie de sa cavalerie qui réussit à briser les lignes adverses et à contourner les troupes franco-bavaroises.
Le scénario improvisé par Marlborough aidé par les conditions climatiques permet à celui-ci une victoire éclatante.

 
Il resta environ 10.000 corps sur le terrain et l’abbaye de la Ramée transformée en hôpital de fortune, recueillit quelques blessés.

La victoire de Ramillies marqua pratiquement la fin de l’empire espagnol même si le conflit dura encore 6 ans jusqu’au traité d’Utrecht en 1713 mettant fin au conflit général. L’équilibre européen était rétabli.

Notre pays fut trop souvent le champ de bataille des grandes puissances. La Moyenne Belgique servit souvent de zone-tampon et on imagine bien la détresse vécue par nos ancêtres durant ce « siècle de malheur ». Trois batailles : Ramillies, Audenaerde et Malplaquet firent passer nos ancêtres du régime franco-espagnol à la domination autrichienne.

 
Sir Winston Léonard Spencer Churchill, le célèbre premier ministre  anglais  lors de la seconde guerre mondiale, est l’arrière-petit-neveu  de John Churchill, premier duc de Marlborough. Il consacra une trentaine de pages à la bataille de Ramillies dont l’issue, pour nos régions, signifia l’arrivée d’une période conséquente de paix.

Pour pérenniser le nom de cette victoire, il y a une rue à Londres, Ramillies Street, pas très loin de la Great Marlborough street. Cinq navires de la Royal Navy reçurent également  le nom de la célèbre bataille (même si cela ne leur porta pas chance).

Quant à la chanson populaire « Malbrough s’en va-t-en-guerre », elle a été composée après les nombreuses victoires de l’invincible Marlborough. Faute de pouvoir le vaincre, la chanson satirique fut peut-être un exutoire…

Napoléon avait beaucoup d’admiration pour le génie militaire de Marlborough, il s’imprégnait de ses manœuvres militaires.

 Victor Hugo y fait allusion dans les Misérables. La situation se situe après sa dernière victoire à Ligny, il se prépare à affronter Wellington sur le plateau de Mont-Saint-Jean :
« au moment où Wellington rétrograda, Napoléon tressaillit. Il vit subitement le plateau de Mont-Saint-Jean se dégarnir et le front de l’armée anglaise disparaître. Elle se ralliait, mais se dérobait. L’empereur se souleva à demi sur ses étriers. L’éclair de la victoire passa dans ses yeux. Wellington, acculé à la forêt de Soignes et détruit, c’était le terrassement de l’Angleterre par la France ; c’était Crécy, Poitiers, Malplaquet et Ramillies vengés.

Il y avait dans l’armée française un d’Artagnan. Ce n’est pas celui qui servit de modèle à Alexandre Dumas. Le d’Artagnan de Ramillies semble être son aïeul , Pierre de Montesquiou. Il était dans l’armée de Louis XIV où il s’est fait remarquer par ses qualités de stratège et ses exploits.

Le champ de bataille de Ramillies est, avec celui de Waterloo, un des sites militaires historiques majeurs de Belgique.

Plan de la bataille de Ramillies par P. Schenk
Coll. Tordoir


Pour en savoir plus :

 
La Bataille de Ramillies : réflexions sur les causes de la défaite française, commentaires de la rédaction / René Bouvier, Jean Destat
Chroniques des onze clochers de Ramillies , été 2002, p. 4-9

La bataille de Ramillies en quelques lignes / Jean Destat
Chroniques des onze clochers de Ramillies, été 2001, p. 24-26

La bataille de Ramillies vue par Sir Winston Churchill / A.H. Monette
Jadis ; nr. 26, 1998/2, p. 15-21

La bataille de Ramillies, 23 mai 1706 / Charles Dethier
Chroniques des onze clochers de Ramillies, été 1998, p. 15-18

La bataille de Ramillies. Dimanche de Pentecôte 23 mai 1706 : récit romancé / Michel de Saint-Hubert
Folklore brabançon ; nr. 273, mars 1992, p. 3-46

 Les batailles de Neerwinden et de Ramillies dans les Mémoires de Saint-Simon / A.H. Monette
Jadis ; nr. 33, 2002, p. 7-14

Le d'Artagnan de Ramillies : suite / Fernand Koekelberg
Chroniques des onze clochers de Ramillies, printemps 1999, p. 18-19

Le drapeau de 1706 : de Ramillies au Connemara via Ypres / P. Gusbin
Wavriensia racines ; Tome LXII,  nr. 6, novembre-décembre 2013, p. 242-274

En marge de la bataille de Ramillies : les soldats de métier / Jean Destat
Chroniques des onze clochers de Ramillies, été 1999, p. 23-24

Et si la bataille de Ramillies avait été gagnée grâce à la femme? / Jean-Louis Pecheux
Chroniques des onze clochers de Ramillies, hiver 1999-2000, p. 15-16

Les étonnantes survivances pacifiques consécutives à la bataille de Ramillies / Jean Destat
Chroniques des onze clochers de Ramillies,  printemps 2004, p. 7-8

Geest-Gérompont-Petit-Rosière : suite / Michel Bertrand
Souvenir perwézien ; nr. 48, décembre 1997, p. 6-13

Il y a 300 ans, le 23 mai 1706 : Ramillies ou la bataille oubliée  / Pierre Gusbin
Wavre : Cercle d'histoire, d'archéologie et de généalogie de Wavre et du Brabant wallon, 2006.
109 p. : ill., plans, dessins, photos ; (Wavriensia ; LV)

Il y a 300 ans, le 23 mai 1706 : Ramillies ou la bataille oubliée / Pierre Gusbin Wavriensia racines ; Tome LV, n° 1-2, 2006, 109p.

Le long chemin des rescapés de Ramillies à la Ramée. 01 / Eugène Delcorps
Chroniques des onze clochers de Ramillies, été 2003, p. 13-16

Le long chemin des rescapés de Ramillies à la Ramée. 02 / Eugène Delcorps
Chroniques des onze clochers de Ramillies, hiver 2003-2004, p. 6-9

Louis XIV face à l'Europe du Nord : l'importance de la bataille de Ramillies (mai 1706) / Thierry Bertrand
Echarp : bulletin de liaison ; nr. 38, 4e trimestre 2005, p. 12-13

Le quatrième mousquetaire à la bataille / F. Koekelberg
Chroniques des onze clochers de Ramillies, hiver 98-99, p. 25-27

Ramillies : quelques témoignages en marge de la bataille : misères du temps / Joseph Tordoir
Wavriensia racines ; Tome LVII, n° 3, mai-juin 2008, p. 119-126

Ramillies, la bataille du 23 mai 1706 : les pertes : suite / Pierre Gusbin
Wavriensia racines ; Tome LXII, nr. 6,  novembre-décembre 2013, p. 275-276

Un jour trop tôt? : Préliminaires d'une bataille / Jean Destat
Chroniques des onze clochers de Ramillies, Hiver 2002-2003, p. 4-7