lundi 6 juillet 2015

Waterloo 1815 : intarissable source d'inspiration. 02




Les faits sont tirés d’un manuscrit rédigé de la main d’un des descendants d’Hyacinthe Pâris, rapportés par Christian Souris, journaliste au Pourquoi pas ? (1984)

« Mon trisaïeul du côté maternel, Hyacinthe-Joseph Pâris, vivait à Waterloo dans une propriété donnant sur la chaussée près de l’église lorsque survinrent les événements qui aboutirent à la bataille de Waterloo.
Agé de 58 ans en 1815, Hyacinthe était veuf et avait, en 1812, pris sa retraite de garde-général à cheval de la forêt de Soignes.
Lorsque les alliés arrivèrent à Waterloo pour tenter de barrer la route au petit caporal, Lord Uxbridge, chef de la cavalerie, choisit d’installer son quartier général chez mon aïeul : à l’époque, en effet, sa maison était une des plus belle du village. Hyacinthe, profondément flatté de ce choix, considéra de ce fait le noble Lord comme un hôte privilégié. […] 

A l’aube du 18 juin, Lord Uxbridge rejoignit à bride abattue son quartier général et, sans enlever sa tenue de gala (il revenait d’un bal donné à Bruxelles) prit la tête de ses hussards pour se diriger sans perdre un instant vers Braine-l’Alleud. »
 

Le bal juste la veille de la bataille semble peu probable, par contre il y eut bien un bal dans la soirée du 15 juin, soit 3 jours avant le jour de la bataille, donné par la duchesse de Richmond. Toute l’élite de la communauté britannique y était dont Lord Uxbridge et le duc de Wellington. Ce dernier voulait rassurer la bonne société par sa présence tout en étant inquiet de la proximité des troupes françaises.
Il semblerait que la veille du 18 juin, le comte d’Uxbridge aurait sollicité un entretien au Duc de Wellington à propos du déroulement de la bataille future. À l’interrogation du Lord Henry William Paget, Wellington répond par une autre question : Qui va attaquer le premier, moi ou Bonaparte ? – Bonaparte ! – Bien, Bonaparte ne m’a donné aucune idée de ses projets. Si mes plans dépendent des siens, comment voulez-vous que je vous expose les miens? Une chose est certaine, Uxbridge –c’est que quoi qu’il arrive, vous et moi, nous ferons notre devoir ! (les relations entre les deux hommes étaient très froides suite à une liaison extraconjugale du Lord avec la belle-sœur du Duc).
Lord Uxbridge rentra déconfit  dès lors à la maison Pâris. 
 
 « Hyacinthe, demeuré chez lui, entendit le fracas de la mêlée toute proche. Le canon tonnait sans interruption. Il voyait continuellement des troupes monter en ligne, et des régiments se replier en désordre. Les bruits les plus contradictoires se mettent à courir : Les Anglais cèdent du terrain…. Napoléon est tué… Bien malin qui peut savoir ce qui se passe. […]
 
À cet instant précis (vers 19h) , sur le champ de bataille, Napoléon sent que la fortune des armes risque de lui échapper si… Voulant forcer le dénouement, il ordonne de faire donner la garde. Hélas ! Les grognards sont décimés par la cavalerie anglaise. Lord Uxbridge, à la tête de son régiment de hussards, multiplie les charges. A un moment donné, il parvient (presque) à atteindre l’endroit où se tiennent l’empereur et son état-major, où se trouvent également Ney et Soult.
Quelques minutes plus tard, c’est l’épisode du « dernier carré » de la Garde Impériale, à l’occasion duquel Cambronne prononça (ou ne prononça pas, qui pourrait l’affirmer) son fameux mot. Presqu’au même moment, Lord Uxbridge fut désarçonné par un des derniers boulets de canon tirés par les Français. On le ramasse : il a la jambe fracassée par le biscaïen… »
 
 
La légende raconte qu’il se serait adressé à Wellington pour déclarer  « Par Dieu, Sir, j’ai l’impression que j’ai perdu ma jambe. Celui-ci aurait répliqué flegmatiquement « C’est exact, Sir »
Fait contesté car il semblerait que Uxbridge était alors éloigné du Duc. 
Face à l’état de sa jambe, il aurait dit : « Eh bien Messieurs, … si l’amputation doit se faire, le plus tôt sera le mieux ! »
 
« Vers 20 heures, son ordonnance, toujours nanti du panier-repas remis par Hyacinthe, rencontre l’escorte qui ramène le général blessé à son quartier général. Il fait demi-tour et se hâte de les conduire à la maison Pâris. Là, les chirurgiens mandés à la hâte, jugèrent qu’il était indispensable de procéder sur le champ à l’amputation du membre blessé.
Tout se passa très vite. Encore revêtu de son uniforme, Lord Uxbridge fut allongé sur deux tables mises bout à bout dans la cuisine. Sans autre forme de procès (l’anesthésie était inconnue à l’époque) les hommes de l’art fendirent en deux la botte à l’aide de ciseaux, échancrèrent la culotte de peau, et se mirent en devoir de procéder à l’ablation du membre déchiqueté. Hyacinthe présent au chevet de son hôte, lui demanda s’il ne voulait pas qu’on mette un mouchoir dans la bouche.
-Inutile, lui répondit le comte avec un faible sourire.
En effet, pendant tout le temps que dura l’opération, Lord Uxbridge n’eut pas un cri, pas un râle, pas une réaction, pas un mouvement. Dès que sa jambe fut totalement sectionnée, pendant que les chirurgiens pansaient la plaie, il demanda même qu’on lui montre le membre coupé. Lorsque ce fut fait, l’un des chirurgiens se débarrassa de la jambe encore recouverte de la botte fendue ainsi que des morceaux de vêtements, par une fenêtre qui donnait sur la forêt (en 1815, celle-ci s’étendait encore jusqu’à l’arrière de la maison Pâris) »
 

L’opération dura une dizaine de minutes sans que le patient ne change de couleur ni ne paraisse souffrir, émettant seulement l’avis que les instruments ne sont pas des mieux affutés. Ce courage est raconté par tous.
Après l’amputation, le général se serait exclamé : « J’ai eu mon temps ! J’ai porté beau durant quarante-sept ans ! Il ne serait pas loyal d’encore vouloir rivaliser avec les jeunes gens ! »

 
 
 
 
 

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