mercredi 28 octobre 2015

Les figures illustres du Brabant wallon. Épisode 22 : La légende de Geneviève de Brabant et le lac de Genval

Cette 22e étape nous amène sur un site enchanteur qui donne envie de balader et de rêver. Le lac de Genval est, en effet, depuis sa création (sur plans en 1903) un lieu de villégiature pour de nombreux visiteurs. Mais avant d’aborder l’histoire fantastique de Genval-les-Eaux, nous allons découvrir la jolie légende de Geneviève de Brabant.

Wikipedia

L’histoire de la duchesse, Geneviève de Brabant, est contée dès le 13e siècle dans la « Légende dorée » de Jacques de Voragine. De nombreux auteurs ont depuis repris la légende. Voici la version du comte Henry Carton de Wiart :

« Geneviève était l’épouse du duc Godefroid dit « Le Barbu » qui régnait en Brabant. Celui-ci, partant pour la croisade, l’avait confiée, ainsi que son enfant en bas-âge, à la garde et la tutelle de son grand intendant nommé Golo. Ce Golo avait l’âme noire et vile. »
Celui-ci tenta de séduire la jolie princesse qui le repoussa. Furieux et voulant se venger, il envoya au duc des messages qui accusaient Geneviève d’avoir manqué à ses devoirs d’épouse. Le duc aveuglé n’hésita pas à condamner l’épouse qu’il croyait coupable. Il chargea son intendant de la faire disparaître.
Les bourreaux chargés de l’exécution de la jeune mère et de son enfant dans la forêt de Soignes, furent pris de pitié devant tant d’innocence et de jeunesse. Ils se contentèrent de les abandonner dans l’épaisse forêt.
« Seule avec un jeune enfant dans cette futaie inaccessible, qu’allait devenir la jeune duchesse habituée à une existence facile et somptueuse ? Tandis que couchée sur la mousse d’un arbre séculaire et serrant son enfant contre son cœur, elle pleurait sur son triste sort et appelait à son aide le secours du Tout-Puissant, elle fut tout à coup surprise de voir tout près d’elle une biche au pelage roux et aux grands yeux noirs. »
Celle-ci l’invita à la suivre. Ils marchèrent  longtemps jusqu’à un frais vallon boisé où à flanc de coteau jaillissait une source claire, coulant entre la feuillée et le cresson, pour former au fond du vallon un petit lac luisant comme un miroir d’argent. C’est près de la source que la biche hébergea la jeune mère et son enfant. Ils étaient à l’abri du froid et de la faim. La vie y était simple mais saine. Durant des années, leur existence  fut ignorée de tous jusqu’au jour où une partie de chasse amena le duc Godefroid avec sa meute jusqu’à ce vallon désert, poursuivant le gibier….
C’est alors qu’il se trouva face à Geneviève qui accourait  protéger son fils.
« L’enfant croyant sa mère en danger, s’était d’instinct retourné contre le chasseur, avec une allure de protection et de défi. Son destrier arrêté, Godefroid avait sauté à terre. Cette épouse, qu’il avait cru coupable et qu’il avait naguère condamnée sans l’entendre, il la retrouvait vivante, plus belle en son abandon que dans toutes ses parures de cour. Ce fils qu’il se rappelait au berceau, il le retrouvait grandi et vaillant et se reconnaissait lui-même dans les traits de son jeune visage. »


Maintes fois, le duc avait eu des témoignages de l’innocence de sa femme.

« Devant la scène qui s’offrait à lui, le duc n’hésita pas. Il ouvrit les bras à sa femme, la couvrant de ses baisers et de ses larmes et lui demandant pardon. »

L’affreuse méprise fut rapidement dissipée. Godefroid, honteux d’avoir été injuste et cruel envers sa femme, rendit hommage à sa vertu et ramena son épouse et son enfant triomphalement au palais ducal, parmi les clameurs de joie de la foule, en compagnie de la biche, leur amie. Golo fut pendu haut et court à la lisière de la forêt.
Quant au site de la forêt de Soignes où la duchesse et son fils avaient si longtemps trouvé abri, les déboisements et les défrichements en ont modifié peu à peu l’aspect au cours des temps, mais le souvenir de l’histoire qui s’y déroula y survit dans le nom même qu’il a toujours gardé : GENVAL ou VAL de GENeviève. Et la source à l’eau cristalline et salutaire, où la soif de la jeune princesse et de son fils s’était si souvent étanchée est restée à travers les siècles, une sorte de fontaine sacrée, où les mères n’ont jamais cessé de conduire leurs enfants, pour leur conter sur place la merveilleuse légende de Geneviève de Brabant.

La légende est jolie mais qu’en est-il de l’histoire du lac de Genval ?

Le 19e siècle voit apparaître et se développer les stations thermales. Nous connaissons tous en France les stations de Vichy, Luchon, Évian….  en Belgique Spa, Ostende, Chaudfontaine…

Genval-les-Eaux de 1895 à 1935/
Roger Ghyssens
Tourisme et thermalisme font bon ménage. Outre les pouvoirs thérapeutiques des eaux, les lieux sont agréables aux villégiateurs avec des promenades champêtres mais aussi des activités sportives et culturelles.
À Genval, il y avait au début du 20e siècle un enchevêtrement de petits étangs et de sources.
Une brochure de 1930 intitulée « Sources de Genval » disait ceci :
« La source Argentine a été découverte en exécutant les travaux de captage de la source Bonne Fontaine […] la source « Bonne Fontaine » était connue de temps immémorial à Genval (…) Les habitants en vantaient l’action bienfaisante dans certaines affections des voies digestives et urinaires, sans toutefois se rendre un compte exact du mode d’action de cette eau »


La source « Bonne Fontaine » était donc connue depuis longtemps mais c’est un homme, Gustave Smets-Mondez, qui conçut le projet de créer un lac artificiel dans la vallée de l’Argentine et d’en faire une belle station thermale.
A partir de 1893, Gustave Smets-Mondez, avocat près de la Cour d’appel de Bruxelles, achète régulièrement des terrains, de préférence sans construction à Ohain et à Genval.
Il n’hésite pas à échanger des parcelles pour regrouper ses terrains sur Genval. Il confie l’aménagement du lac et du parc à l’architecte paysagiste Adrien Hubaut.
 
Avant 1900, la première société coopérative fut créée, modifiée et dissoute jusqu’à la constitution de la « Société anonyme de Genval-les-Eaux ». De nombreuses autres sociétés seront créées avec Gustave Smets-Mondez et d’autres partenaires. Toutes seront complémentaires et ayant pour but de créer le lac et le parc de Genval.
Le site autour du lac sera également loti et géré par la Société anonyme Genval-les-Eaux.

Genval-les-Eaux de 1895 à 1935 / Roger Ghyssens
 
 

 
L’année 1903 voit ainsi débuter la construction de nombreuses villas, restaurants, hôtels…
La commune se modifie de mois en mois jusqu’en 1914. Toutes ces constructions rivalisent de fantaisie. Parmi les plus connues nous citerons la « villa normande », appelée « Chalet des eaux » qui début du 20e est une des plus anciennes constructions du parc. Autre style, le restaurant « Le Trèfle à Quatre » fut une copie du chalet helvétique Rütli. De l’autre côté du lac, on y voit dès 1904 une réplique de la chapelle de Guillaume Tell sur le lac des Quatre-Cantons.
Le « Château du Lac », version actuelle de l’établissement des Eaux, « construit à l’image d’une abbaye rhénane » est aujourd’hui un hôtel cinq étoiles.
Il reste tant à dire sur l’histoire du parc et du lac de Genval…. Vous pouvez vous renseigner en plongeant dans l’excellent ouvrage de Roger Ghyssens.
 
Chapelle Guillaume Tell (Wikipédia)
Le site reste depuis la Belle-époque un endroit au charme bucolique privilégié des promeneurs.
 
 


 

mardi 20 octobre 2015

La Bibliothèque centrale du Brabant wallon propose un nouvel "Actualivres"

La Bibliothèque centrale du Brabant wallon propose un nouvel "Actualivres"




Un nouvel "Actualivres" est disponible : "Le climat en crise"

Quelques clés et liens pour comprendre ce qu’est le réchauffement climatique, les mécanismes de dérèglement, et les scénarios envisagés pour tenter d’infléchir – ou tout au moins de ne pas aggraver – le problème...


Pour le consulter, suivez ce lien.

jeudi 1 octobre 2015

Waterloo 1815 : intarrissable source d'inspiration. 06


Dès le 23 juin, elle est bien à Liège où on peut la visiter à raison de 50 centimes par personne.


Le 1er juillet 1815, le « Journal de la Belgique » publiait :


« Aix-la-Chapelle, 25 juin
La voiture de campagne de Bonaparte, prise dans la nuit du 18 au 19 juin par un détachement du 15e régiment de Silésie, a été amené avant-hier en cette ville et exposée aux regards du public, qui s’est porté en foule pour l’examiner. Cette voiture, ou plutôt cette tente volante, contenait tous les objets nécessaires au général français et l’abandon qu’il en a dû faire peut donner une idée exacte de la déroute de son armée. »

 

« L’oracle » du 6 juillet :

« La voiture de voyage de Bonaparte, que le major prussien de Keller a prise est arrivée à Dusseldorf. Cette voiture est garnie de différents services en or massif, on l’évalue à 250.000 frs. »

 

L’officier prussien, Heinrich Eugen von Keller aurait, en effet, envoyé la berline vers son domicile à Dusseldorf. Mais celui-ci aurait également saisi une 2e voiture abandonnée par l’Empereur à Vieux-Genappe qu’il présenta à Blücher, en omettant de lui parler de la 1e prise.

 

« Journal de la Belgique » du 26 octobre :

« On mande de Calais, le 19 octobre : la voiture de Bonaparte, prise à Waterloo est arrivée ici : elle est échue à Lord Wellington.

Deux jours plus tard :

L’officier prussien qui a pris la voiture et les chevaux de Bonaparte, après la bataille de Waterloo, est arrivé hier à Douvres, avec eux sur le paquebot le Chichester. Il a l’intention d’en faire hommage au Prince Régent, d’autres disent au duc de Wellington. »

 

En réalité le baron von Keller offrit la berline au prince Régent qui s’empressa de la vendre pour la somme de 2500 livres sterling à un sieur Bullock, excellent homme d’affaire. Il l’exposa à Egyptian Hall, à Piccadilly. Huit cent mille personnes payèrent pour la voir.

 


En juin 1815, un voyageur français écrivait à propos de cette exposition :

« On se porte en foule à Picadilly. C’est là que se trouve maintenant la voiture de campagne de Bonaparte, prise à Waterloo. Les armes, les bijoux, la vaisselle, les nécessaires, les vêtements qu’elle contenait sont renfermés dans des armoires vitrées comme des pièces d’histoire naturelle, qui , certainement, sont fort singulières. L’intérieur de la voiture est aussi complet qu’on puisse l’imaginer et disposé avec beaucoup d’art ; il y a bureau, tiroir, buffet, lit, bibliothèque, lanternes, etc. ; et les panneaux sont à l’épreuve des balles. Tu ne peux te figurer quel est l’empressement des Anglais à examiner cette voiture ; c’était une procession sans fin : hommes, femmes, enfants, montent par une portière, posent un instant sur le siège du fond, et descendent par l’autre portière, en se regardant alors avec un air de satisfaction. Le produit doit être immense, mais il semble bien extraordinaire que le gouvernement permette une spéculation de ce genre. »       (Crapelet. Souvenir de Londres en 1814 et 1816)