lundi 8 février 2016

Les figures illustres du Brabant wallon. Épisode 23 : La fabrique de soie artificielle de Tubize

Le passé industriel de Tubize est riche et le choix de cette étape fut difficile. Il s’est porté sur une industrie textile que le marquis de Baudry d’Asson fonda dans les prairies marécageuses de Tubize. Ce fut la première usine de soie artificielle de Belgique. Son destin fut extraordinaire et porta le renom de la commune jusqu’au-delà de l’Atlantique.

Voici l’histoire de la « Fabrique de Soie Artificielle de Tubize ».

De la fabrique de soie artificielle à Fabelta.../
Luc Delporte...[et al.]
 Le marquis de Baudry d’Asson, lors de la grande Exposition internationale de Paris de 1889, remarqua une petite machine qui filait, sans cocons, de la soie de toutes les couleurs. C’était l’invention du comte de Chardonnet. Mr Baudry d’Asson acheta quelques mois plus tard le procédé de fabrication pour le monde entier sauf la France où le procédé avait déjà été vendu.

Cependant les procédés de fabrication étaient encore à améliorer et il restait à l’appliquer au niveau industriel. Plusieurs années de dur labeur furent nécessaires et ce ne fut pas un long fleuve tranquille. Il y travailla en Pologne avec quelques collaborateurs.
 
 
Dans son discours de 1925 à l’occasion du 25e anniversaire de la fondation de la Soierie de Tubize, il s’exprime à ce sujet :
« Que de peines, que de luttes pendant ces années d’efforts ! Procès contre l’inventeur qui venait souvent à Spreeitenbach, où il m’avait imposé comme directeur technique, son jardinier ! congédiement de ce dernier, malgré les menaces des hommes et les pleurs de femmes ; assemblées tragi-comiques à Besançon, où les actionnaires se rencontraient avec la direction, révolver au poing ; liquidation mouvementée du groupe suisse, etc. etc. »
En 1898, les difficultés sont enfin surmontées et c’est le 10 janvier 1900 que le marquis reçut l’autorisation de l’administration communale de Tubize pour la construction de la 1ère fabrique de soie artificielle en Belgique.
« Là où se trouvait le petit moulin sur la Senne, avec son pré attenant, nous voyons s’élever une usine importante fabriquant la soie par trois procédés différents, avec le concours de près de 4.500 ouvriers. » Discours de Mr Everaerts lors du 25e anniversaire
Extrait de : De la fabrique de soie artificielle à Fabelta.../
Luc Delporte...[et al.]
 
Mais revenons en 1901, l’entreprise commence alors sa production avec 250 ouvriers sous la dénomination de Fabrique de Soie de Chardonnet à Tubize Davenpoort et Cie. Très vite, la société devint la Fabrique de Soie artificielle de Tubize.
La production quotidienne était de 300kg de soie artificielle – Collodion.
La main-d’œuvre locale fut rapidement insuffisante et l’on recruta des ouvrières à Bruxelles.
Mais la médaille avait un revers : le choix de l’industriel français s’était porté sur la Belgique en raison des droits d’accises sur l’alcool et l’éther peu élevés. La présence des deux produits était nécessaire en grandes quantités et ce sont pour les ouvrières de longues journées de travail dans des vapeurs néfastes qui les saoulaient. Le poème de Robert Gauzo en 1958 est très explicite :
Dans cette usine ça sent l’éther ;
Et dans l’éther peinent les filles
Qui font et font des bas de soie
Pour d’autres filles. […]      
 
Ah ! le printemps et les lilas
Les dessous blancs, les falbalas…
Mais, là-bas, les filles sont grises,
Sont saoules comme chaque jour ;
Et l’éther leur fait pour toujours
Les yeux hagards et la peau grise.
[…]
 
Extrait de : Aperçu historique de la commune de Tubise / Léon Lauwers
 
L’usine est agrandie à plusieurs reprises et le personnel employé dans cette vaste entreprise couvrant une superficie de presque 15 ha s’élève, en 1929, à 5500 ouvriers et ouvrières arrivant de 45 communes différentes.
Outre la présence d’une main-d’œuvre abondante et bon marché, l’infrastructure des moyens de communications y était bien développée.
Une gare spéciale fut notamment construite à proximité de l’usine pour l’arrivée et le départ du personnel.
Pendant la guerre 14-18, le Comité national de ravitaillement installa ses magasins de vente de farine et de denrées diverses dans le grand réfectoire de la fabrique. La soupe était également servie, dans un de ses vastes halls, tous les jours à 1340 enfants fréquentant les écoles communales et libres de Tubize.
La fabrique de soie artificielle fut le propriétaire de 125 maisons pour employés, ouvriers de l’entreprise.
Trois procédés de fabrication furent utilisés pour produire la soie artificielle, après le collodion, il eut la viscose et l’acétate.
En 1929, la production journalière s’élevait à 10 000 kg de soie. Tubize créa des filiales aux Etats-Unis, en Hongrie, en Pologne et en France.
Mais la crise économique de 1930, l’augmentation des tarifs douaniers à l’importation des soies artificielles et une concurrence sévère, amenèrent les producteurs belges de soie artificielle à se regrouper. En 1932 se créa l’Union des Fabriques belges de Textiles artificiels ou Fabelta qui signa la fin de cette page industrielle tubizienne.
Commence alors une nouvelle ère jusqu’à la faillite de Fabelta Tubize en 1980.
 
Terminons par un autre extrait du discours lors du 25e anniversaire de la fabrique où le marquis de Baudry d’Asson rappelait :
« Le chemin parcouru en 25 années, depuis le départ près de l’écluse minuscule du moulin de Stordeur, et de la petite prairie voisine, jusqu’à l’arrivée dans cette vaste agglomération de cheminées qui fument, de moteurs qui ronflent, de machines qui tournent."
 
Extrait de : Tubize : hier et aujourd'hui /  Angel Alonso...[et al.]
 
 
 
Pour en savoir plus :
Aperçu historique de la commune de Tubise / Léon Lauwers ; avec la collaboration de Mme Tamara-Barbier, Mme Robert Juseret-Tramasure, et de Henri Deryck ; illustrations : R. Bariaux
Clabecq : Lauwers L., 1968
 
De la fabrique de soie artificielle à Fabelta : un siècle d'industrie textile à Tubize : publication "in extenso" de l'album photographique de l'usine de 1904 / Luc Delporte, Jean-Pierre Hendrick, Claude Depauw ; avec la collaboration de Geneviève Staffieri, Thierry Lancelot
Tubize : Musée de la Porte, 2002
 
Fabelta-Tubize : 1900-1983. 01, Procédés de fabrication, histoire de la soierie / par G. Cornez et la Cellule Mémoire Populaire en Brabant Wallon
Nivelles : Cellule Mémoire populaire Brabant wallon, 1986
 
Fabelta-Tubize : 1900-1983. 02, Documents photographiques / par G. Cornez et la Cellule Mémoire Populaire Brabant Wallon
Nivelles : Cellule Mémoire populaire Brabant wallon, 1986
 
Histoire de la commune de Tubise / Joseph Demeur
Bruxelles : Remy impr., 1929
 
Histoire de la commune de Tubize / Joseph Demeur
Tubize : Tour d'Hobruge, 1994 (Tubize et son passé)
 
Tubize : hier et aujourd'hui / Angel Alonso...[et al.] ; photographies de Joseph Bierrewaerts...[et al.]
Tubize : Centre culturel de Tubize, 2003
 
 
 
 
 
 

vendredi 5 février 2016

Le 23e festival "Les Nuits d’encre" est lancé...


"Les nuits d’encre" 2016
 
Ce festival invite à lire et à découvrir des auteurs du 1er au 31 mars 2016 dans des lieux qui favorisent la rencontre, partout en Brabant wallon.

Les invitées d’honneur :
Barbara Abel et Kitty Crowther.

Auteurs  invités : 
Jean-Baptiste Baronian, Alain Berenboom, Paul Colize, Patrick Delperdange, Frédéric Ernotte, Nadine Monfils.

La thématique :
"Les chemins de l’angoisse". 



lundi 1 février 2016

100.000


100.000 clics, 100.000 paires d'yeux, 100.000 lectures !

Le blog Escapages a atteint plus de 100.000 pages vues...

Ce chiffre est le résultat du travail commun d'un réseau de bibliothèques, d'un ensemble d'équipes.
Un labeur quotidien guidé par un seul but : promouvoir la lecture publique.

C'est aussi l'image d'une activité fébrile autour du livre : animations, expositions, lectures publiques, ateliers, bricolages...

Et nous ne sommes pas en reste pour trouver de nouvelles idées, pratiques ou concepts innovants.
Les bibliothèques changent et les bibliothécaires, ludothécaires, animateurs (trices) aussi et bien plus que nous l'imaginons !

Et surtout, nous remercions tous nos usagers de l'intérêt qu'ils portent à nos actions.

Sans eux, tout ce travail n'aurait que peu d'impact et nous sommes reconnaissants de cette curiosité.

Soyez fiers et fières de cette soif d’apprendre, ce désir de connaître, de goût de savoir... et, avant tout, cette passion de lire!

À bientôt dans de nouvelles aventures!