jeudi 7 juillet 2016

Les figures illustres du Brabant wallon. Épisode 24 : L’abbaye de Villers

Nous voici tout doucement à la fin de notre randonnée à travers les communes du Brabant wallon. Cette 24ème étape ne peut pas ignorer le rayonnement religieux, culturel et touristique de l’abbaye cistercienne de Villers-la-Ville.
Parler d’une personne attachée à ce lieu serait réducteur. En effet, ils furent nombreux, à travers le temps, à participer, rêver,  sublimer cette belle œuvre.

 
L'abbaye de Villers : histoire des ruines / Thomas Coomans
C’est en 1146 qu’un groupe de 12 moines et 5 frères convers s’arrête à Villers, dans la forêt profonde, pour y créer une communauté religieuse, cistercienne plus précisément.
Ils sont envoyés par Saint Bernard, supérieur des Cisterciens de Clairvaux. C’est dans ce calme vallon sur les bords de la Thyle que l’abbaye et ses dépendances furent construits formant un enclos de 11 hectares entourés d’une épaisse muraille de 4 mètres de hauteur. D’imposantes constructions furent érigées avec la pierre extraite sur place.

C’est l’abbé Charles de Seynes (1197 à 1209) qui dressa le plan du monastère et l’ensemble architectural  (style roman) du XIIIe siècle.
Au XIIIe siècle ce fut l’édification de l’église abbatiale et de la brasserie.

Au début du XVIIIe siècle, le palais abbatial fut reconstruit ainsi que le quartier des étrangers et l’infirmerie sous la direction de l’abbé Jacques Hache (1716-1734).
 
Guide pratique des ruines de l'abbaye de Villers-la-Ville / M. Cosyn

Guide pratique des ruines de l'abbaye de Villers-la-Ville / M. Cosyn
Au XIVe et XVe, 7 chapelles latérales et une 8e à l’extrémité du transept nord furent construites.

L’abbaye de Villers connut une existence fertile en rebondissements. Après des périodes de prospérité tant au niveau architectural qu’au niveau du rayonnement religieux, elle eut à subir les séquelles des guerres de religion et des conflits armés avec la France. L’abbaye, fin du 18e siècle, avait surmonté la grande tourmente de 1789 et offrait encore un ensemble architectural de toute beauté. On pouvait y voir à côté du style roman, des tendances plus tardives issues des courants baroques et néo-classiques. En 1794, l’abbaye fut complètement pillée. L’on plaça des scellés sur l’église et les moines durent quitter l’abbaye le 13 décembre 1796.

Villers, suite au départ des religieux, connut au début du 19e siècle le commencement d’une agonie annoncée.

Le rachat par un négociant « retors et sans scrupules », suivi d’un pillage par des vandales, la vente de matériaux jusque dans les années 1830 où tout ce qui était vendable fut vendu, plongea ce magnifique édifice dans un état de ruine totale. Certaines parcelles furent vendues à la société de chemin de fer, le moulin fut converti en hôtel-restaurant…

Le temps et les intempéries achevèrent de ruiner les bâtiments.

« Quel désastre ! On dirait une ville incendiée. Le jardin et ses balustrades détériorées, les salles effondrées, les toits absents, la végétation qui envahit les cours et les murailles encore debout, tout porte à la tristesse » Abbaye de Villers-la-Ville de l’ordre de Cîteaux / Charles Licot et Émile Lefèvre
 
 
Ensuite, vint le temps d’une lente prise de conscience des pouvoirs publics et beaucoup de tergiversations pour enfin aboutir à exproprier le site « pour cause d’utilité publique ».
C’est le Nivellois Jules de Burlet, ministre de l’Intérieur et de l’Instruction publique, qui débloqua la situation. L’État acquit enfin le bien en 1892. Commencent alors diverses étapes de travaux publics : nettoyage, consolidation, restauration, reconstruction…. le tout entrecoupé de longues périodes d’interruption.
Ce n’est qu’en 1972, par Arrêté royal, que les ruines de l’abbaye furent classées comme monument et comme site. Le domaine défini par la grande enceinte, comprenant notamment la ferme, l’hôtel des ruines, les portes de Namur et de Villers, les granges ainsi que quelques parcelles à l’est du chemin de fer, fut également classé comme site.
 
Que pouvons-nous constater à propos de la gestion des ruines ?
De nombreux projets ont vu le jour, de nombreux avis et opinions furent donnés, parfois suivis avec plus ou moins de succès, le tout marqué par le temps qui passe, les deux guerres mondiales, le manque d’intérêt ou le manque de moyens…..
Heureusement, il y eut de nombreuses interventions qui ont contribué à les sauver.
 
Guide pratique des ruines de l'abbaye de Villers-la-Ville / M. Cosyn
 
Deux grandes « écoles » du XIXe imposèrent alternativement leurs vues au chantier.
Le premier, le mouvement rationaliste, qui voulait revenir aux bâtiments médiévaux, le deuxième, le mouvement pittoresque qui propose la consolidation des parties existantes sans construction nouvelle.
Un nouveau débat fut lancé par Fierens-Gevaert en 1900 : « Une ruine restaurée est-elle encore une ruine ? ». Dans ce débat, il faut souligner le travail mené par l’architecte Charles Licot qui fut investi de la direction artistique du chantier en 1893. Il fut bien aidé par Charles Lagasse de Locht, Nivellois, ingénieur, à la tête de la direction technique du chantier. Il joua un rôle important en tant qu’inspecteur général puis Directeur général des Ponts et Chaussées mais aussi comme président de la Commission royale des Monuments.
« M. Licot était, (…) l’homme des ruines de Villers. Il les connaissait comme pas un, il les étudiait depuis sa prime jeunesse ; il en était l’amant le plus passionné en même temps que le plus intelligent » Supplément illustré au journal « Le Petit Belge », 15 novembre 1896.
En effet, Charles Licot, avec sa grande sensibilité et sa bonne connaissance des lieux, eut une position éclairée et équilibrée.
D’un point de vue archéologique, les ruines de Villers doivent leur notoriété à l’ampleur et la beauté des bâtiments ainsi qu’à leur disposition autour du cloître du XIIIe siècle.
Les restaurateurs du XIXe siècle privilégièrent cette vision de l’abbaye et ce fut au détriment des constructions du XVIIIe.
 
 
 
Dès 1830, les ruines de Villers attirèrent un public de romantiques : peintres, écrivains y trouvent leur source d’inspiration. Leur sensibilité plonge dans la  mélancolie et la tristesse que dégagent les ruines. Le regain d’intérêt pour le moyen âge contribue également à cet attrait.
« C’est qu’il y a là un tableau plein de poésie : ces murs qui s’écroulent, ces voûtes qui tombent, ces colonnes qui s’élèvent, produisent en vous cet enivrement que l’on éprouve à la vue de l’immensité de la mer… Assis contre le mur en parapet de la terrasse, muet, immobile, les jambes pendantes sur l’abîme, je suivais les lieux que j’avais parcourus. La lune s’était levée à l’horizon et ouvrait dans la vallée des avenues lumineuses et des perspectives fantastiques… Je restai en contemplation devant ce paysage plein d’une ombre, et mon âme, tombant dans la mélancolie, s’abîma dans des tristes pensées… » Constantin Rodenbach
 
Victor Hugo a visité à plusieurs reprises Villers entre 1861 et 1869. Il y aurait alors gravé un graffiti contre les auteurs de graffiti !
 
Voici quelques vers de l’auteur extrait de « L’abbaye de Villers » :
 
"Dans ces lieux désolés à pas lents je m’égare,
  Sans me faire tracas de l’heure qui s’enfuit,
  Trop heureux de jouir, sans que rien la dépare,
  De l’agreste beauté qui s’y montre sans bruit."
 
Ce fut ensuite l’arrivée des touristes de plus en plus nombreux dès la construction du chemin de fer en 1855. Villers était devenu un des hauts lieux de la « Belgique pittoresque ». Mais Villers attira également beaucoup d’archéologues qui firent des relevés des ruines.
Les premières monographies historiques furent celles de A. Wauters, J. Tarlier et J.J. Vos.
Charles Licot, initié à la beauté de Villers par Émile Coulon, publia en 1877 avec Émile Lefèvre la « Description des ruines de Villers » qui le rendit célèbre dans les milieux archéologiques.
Dans les conclusions du « Guide officiel pour la visite du domaine de l’Abbaye de Villers » publié en 1941, l’auteur, Aristide Jacob, nous dit ces quelques phrases qui au 21e siècle technologiquement développé et sophistiqué, sont encore et toujours d’une évidence criante :
 
« Au printemps, le domaine de l’Abbaye est paré du frais décor d’une verdure tendre, émaillé çà et là de fleurs sauvages aux coloris variés ; l’été, lorsque la chaleur nous accable, une longue flânerie dans les ruines procure une sensation appréciable de bien-être ; à l’automne, quand les frondaisons encadrant le domaine de l’abbaye se muent progressivement en gammes de teintes ocre et pourpre, les vieilles pierres exhalent une poésie indéfinissable lorsque, par surcroît, quelque rayon furtif du soleil couchant vient rehausser de son éclat subtil cette féerie étrange de couleurs. »
 
 
Pour en savoir plus : Bibliographie sélective
 
L' abbaye de Villers / Y. Plateau, M. Dubuisson, J. Martin ; avec la collaboration d'Anne Burette, Bastiane Meurice et Roger Eloy
Bruxelles : Casterman, 2010 (Les Voyages de Jhen)
 
L' abbaye de Villers-en-Brabant : construction, configuration et signification d'une abbaye cistercienne gothique / Thomas Coomans ; préface : Terryl N. Kinder
Bruxelles : Racine, [s.d.] ; Forges : Cîteaux, 2000 (Cîteaux, commentarii cistercienses. Studia et documenta ; XI)
 
L' abbaye de Villers-en-Brabant aux XIIè et XIIIè siècles : étude d'histoire religieuse et économique / E. de Moreau. Suivie d'une, Notice archéologique / R. Maere
Bruxelles : Librairie A. Dewit, 1909 (Recueil de travaux d'histoire et de philologie)
 
L' abbaye de Villers-la-Ville dans sa région / Sophie Héger ; conseiller historique : Noëlla Lété. - Namur : Ministère de la Région wallonne, [s.d.]
Namur : Abbaye de Villers-la-Ville, 1995 (Carnets du patrimoine-Ministère de la Région wallonne ; 6)
 
Abbaye de Villers-la-Ville de l'ordre de Citeaux : description des ruines avec plans et dessins / Ch. Licot et Emile Lefèvre
Bruxelles : Librairie polytechnique Decq, 1883
 
L' abbaye de Villers : ses origines, son domaine, ses ruines / G. Boulmont
Nivelles : Impr. Louis Havaux-Houdart, [s.d.]
 
L' ancienne abbaye de Villers : histoire de l'abbaye et description de ses ruines / Alphonse Wauters
Bruxelles : J. Géruzet, 1856
 
Guide dans les ruines de Villers / par A. Van Gele ; illustrations de Louis Titz ; photographies de l'auteur ; grande planche de Sanderus
Bruxelles : Office de Publicité, [190.]
 
Guide des ruines de Villers / G. Boulmont. - [S. l.] : [S. n.], [19..]
 
Guide officiel pour la visite du domaine de l'abbaye de Villers / par Aristide Jacob Bruxelles : Weissenbruch impr., 1947
 
Histoire de l'abbaye de Villers du XIIIème siècle à la révolution / Th. Ploegaerts et G. Boulmont
Nivelles : L. Havaux-Houdart, 1926
 
Notice historique et descriptive sur l'abbaye de Villers en Brabant, de l'ordre de Cîteaux / J.J. Vos
Louvain : Ch. Peeters, 1867
 
Petite histoire de l'abbaye de Villers envisagée principalement au point de vue économique / Gustave Boulmont
Nivelles : Havaux-Houdart, [192.]
 
Les ruines de l'abbaye de Villers / décrites par le docteur Jules Tarlier
Bruxelles : H. Tarlier, 1856
 
Vade mecum du touriste aux ruines de l'abbaye de Villers et supplément illustré de la description des ruines du même auteur / G. Boulmont
Bruxelles : Diez, 1902
 
Villers-la-Ville et ses ruines : guide et documentation historique pour le touriste / Th. Brennet
Court-Saint-Étienne : G. Chevalier impr., 1928
 
 
… Et bien d’autres
 
 
 
 
 
 

vendredi 1 juillet 2016

L’ "Espace 81" sera fermé un mois en été...


l’"Espace 81" sera fermé un mois en été

Les fonds « jeunesse », professionnel, dialectal, et patrimonial seront inaccessibles du 15 juillet au 15 août 2016 inclus.
Le fonds « jeunesse » est lui fermé du 1er juin au 31 août 2016 inclus.


Bonnes vacances !